Je relisais le premier billet que j'avais écrit sur ce blog en novembre 2007. Il était consacré à la LRU (loi Libertés et Responsabilités des Universités), la loi qui réforme l'université.
Cette loi a été votée en catimini en août 2007, moins de trois mois après l'élection de Sarkozy à la présidentielle.
Sarkozy savait qu'une réforme de l'université était difficile à faire passer, il se souvenait des déboires du projet de loi Devaquet en
1986 et voulait profiter de l'état de grâce pour faire voter cette loi. En plus, c'est bien connu, en août, tout le monde est à la plage et personne ne manifeste.
Pas plus d'opposition à l'automne 2007, ce sont surtout les présidents d'université qui se sont fait entendre pour dire tout le bien qu'ils pensaient de cette loi qui les faisaient rois, plus exactement hyper-présidents d'université .
En 2008, les étudiants se sont bien mobilisés contre la LRU, mais sans relais des personnels de l'université, leurs contestations a fait long feu.
J'ai toujours pensé que loi mal acquise (ou plutôt non concertée) ne dure jamais longtemps.
Deux ans plus tard, il se pourrait bien que la LRU soit mise au banc en mai 2009.
En 2007, j'avais titré mon billet "Non, ce n'est pas loi loi LRU qu'il fallait voter", j'ai toujours le même avis et je ne retirerais rien de ce que j'avais écrit alors.
Que sait-il passé depuis 2 ans ?
Je crois que la majorité des enseignants-chercheurs et étudiants ont enfin compris que derrière les beaux mots de "liberté" et de "responsabilité" se cachait un projet d'inspiration très libérale visant à renforcer la concurrence entre universités, entre collègues, à diminuer les crédits de l'Etat, à augmenter sensiblement les frais d'inscription et à réduire à terme les postes de fonctionnaires.
A mon avis, si la loi LRU a suscité peu de réaction pendant 2 ans, c'est qu'en fait tout le monde était un peu résigné et pensait que cette évolution était "naturelle". Après les banques, France Télécom, EDF, Gaz de France, les sociétés d'autoroute..., c'était au tour de l'université de passer sous la toise de la libre concurrence non faussée.
Et puis, voilà qu'arrive à la mi-2008 la plus grave crise financière depuis plus de 3/4 de siècle... avec son lot de scandales et d'escroqueries.
Du coup, la grande réforme libératrice et responsabilisante qui offre l'autonomie à l'université sous la tutelle de son hyper-président fait réfléchir et commence à être contestée.
Aujourd'hui, la question est : Peut-on arrêter ce mouvement de rejet d'une université LRUrisé quand, chaque jour, on constate les effets pervers des principes mêmes de cette loi dans le monde économique ?
Mettre un terme aux manifestations actuelles aurait été certainement possible si de bonnes paroles avaient été prodiguées au bon moment, si un grand discours avait rappelé la sollicitude du pouvoir envers l'enseignement-supérieur et la recherche. A la place, la communauté n'a perçu qu'un discours présidentiel (22 janvier 2009) plein de mépris et de mensonge.
Je me risque à croire que les retombées de ce discours se paieront en mai, ce ne sera pas "sous les pavés, la plage", mais "sur le bitume, la plainte de l'université".
Sur le fond, y a-t-il lieu de s'alarmer de l'ensemble des réformes engagées (LRU, ANR, statut des enseignants-chercheurs, statut des doctorants, suppression de postes, défléchage des moyens des IUT, masterisation de la formation des enseignants, transformation des organismes de recherche en agence de moyens, démantèlement du CNRS...) ?
Vu le nombre de réformes, le manque de concertation et la précipitation à les faire passer, la réponse peut difficilement être négative.
Pour finir, je ne traiterai que d'une question ou plutôt d'une idéologie, celle de renforcer la concurrence entre établissements d'enseignement supérieur et de distinguer parmi eux les grands et les petits, en donnant beaucoup aux premiers et très peu aux derniers.
Nombreux sont les rapports ou les échos du ministère qui montrent qu'on va dans cette direction (cf. les propositions du cercle des économistes : http://www.educpros.fr/universites/autonomie/detail-article/h/44a2cdfefa/a/crise-du-modele-universitaire-francais-les-solutions-du-cercle-des-economistes.html).
Ce que je distingue du paysage qu'on prépare, c'est la hiérarchie d'établissements suivantes :
1- les grands écoles
2- les petites écoles extérieures à l'université
3- les écoles universitaires (type polytech)
4- les UFR d'université de prestige (en très petit nombre) disposant de laboratoires reconnus et de formations à la recherche
5- les instituts (type IUT)
6- les UFR d'université spécialisée et attractive dans un nombre de champs restreint
7- les autres UFR appartenant à des centres universitaires ou collèges universitaires délivrant des diplômes de premier cycle et éventuellement quelques masters professionnels sur quelques créneaux ciblés
A terme, les moyens affectés, en personnes et en crédits, seraient inversement proportionnels au rang (de 1 à 7) et certainement les coûts d'inscription aussi.
On aura certainement réussi ainsi à faire remonter quelques établissements dans le classement de Shanghai, mais on aura surtout changer le modèle de l'université française, en le rendant encore plus inégalitaire et concurrentiel.
On remarquera que cette politique abandonne définitivement toute logique d'aménagement du territoire. Les grandes écoles et les universités de prestige étant bien évidemment dans les mégapoles et les centres universitaires dans les villes moyennes. Est-ce raisonnable à l'heure des réseaux, de l'enseignement à distance et des projets de recherche coopératifs ?
Affichage des articles dont le libellé est LRU. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LRU. Afficher tous les articles
mardi 31 mars 2009
dimanche 9 décembre 2007
Des milliards plein la vue
Depuis cet été, la communication gouvernementale vante la loi LRU en annonçant des milliards pour l'université.
Au 1 milliard en plus par an pendant 5 ans, se rajouterait 5 milliards provenant de la vente d'une partie du capital d'EDF (en fait, la vente des actions EDF n'a rapporté que 3,7 milliards).
Pas grand monde n'y comprend grand chose à cette pluie de milliards et encore moins savent quelles actions seront financées. Si on regarde de plus près, sur 1 milliard, on constate qu'il y a moins de 200 millions d'euros de crédits nouveaux.
La priorité serait déjà que l'état octroie la même dotation pour un étudiant d'université et un élève d'une formation supérieure sélective (classe prépa, grande école...). Soyons très modeste et faisons cela uniquement pour les étudiants de licence, ils sont 200 000. L'université reçoit actuellement 7 000€ par étudiant et une grande école 12 000€. Le calcule donne 200 000 x (12 000 - 7 000) soit 1 milliard.
Sachant que le milliard initial se réduit à peau de chagrin pour l'université et que le récent milliard en plus est consacré à une mise à niveau des bâtiments universitaires, on voit bien qu'on ne va pas vers l'équité des dotations entre universités et les autres formations sélectives.
Ce n'est pas des fonds privés qui arriveront au compte-gouttes et seulement dans les meilleurs établissements qui règleront le problème de sous-dotation de l'université.
Il faut certes réformer l'université, mais il faut d'abord mettre à niveau son financement... et ce n'est pas hélas, avec les milliards annoncés qu'on y parviendra.
Au 1 milliard en plus par an pendant 5 ans, se rajouterait 5 milliards provenant de la vente d'une partie du capital d'EDF (en fait, la vente des actions EDF n'a rapporté que 3,7 milliards).
Pas grand monde n'y comprend grand chose à cette pluie de milliards et encore moins savent quelles actions seront financées. Si on regarde de plus près, sur 1 milliard, on constate qu'il y a moins de 200 millions d'euros de crédits nouveaux.
La priorité serait déjà que l'état octroie la même dotation pour un étudiant d'université et un élève d'une formation supérieure sélective (classe prépa, grande école...). Soyons très modeste et faisons cela uniquement pour les étudiants de licence, ils sont 200 000. L'université reçoit actuellement 7 000€ par étudiant et une grande école 12 000€. Le calcule donne 200 000 x (12 000 - 7 000) soit 1 milliard.
Sachant que le milliard initial se réduit à peau de chagrin pour l'université et que le récent milliard en plus est consacré à une mise à niveau des bâtiments universitaires, on voit bien qu'on ne va pas vers l'équité des dotations entre universités et les autres formations sélectives.
Ce n'est pas des fonds privés qui arriveront au compte-gouttes et seulement dans les meilleurs établissements qui règleront le problème de sous-dotation de l'université.
Il faut certes réformer l'université, mais il faut d'abord mettre à niveau son financement... et ce n'est pas hélas, avec les milliards annoncés qu'on y parviendra.
lundi 26 novembre 2007
Non, ce n'est pas loi loi LRU qu'il fallait voter
L’actuelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécressse, défend la réforme dite LRU (Libertés et Responsabilités des Universités) en rappelant sans cesse que l’état fait un effort inédit en apportant, pendant 5 ans, 1 milliard (même 1,8 milliard en 2008) au budget de l’enseignement supérieur. Le discours adressé à l’opinion est simple, regardez l’état offre des milliards et la réponse des étudiants est toujours la même, ils bloquent les universités.
Dans le même temps, le précédent ministre, François Goulard, critique sur son blog l’agitation étudiante, tout en reconnaissant que la loi LRU n'apporte « aucune esquisse de solution » aux réels problèmes de l'enseignement supérieur.
Je partage ce dernier avis, la loi LRU ne s’attaque pas aux réels problèmes de l’université et ne simplifie en rien le paysage fort complexe de l'enseignement supérieur (si seulement, nous classions les systèmes universitaires sur le critère de la complexité, nous serions champion du monde !).
Valérie Pécresse et François Goulard s’entendent pour dire que les critiques des étudiants et que la loi LRU n’organise pas le désengagement de l’état, la sélection ou l’augmentation des droits d’inscription. C’est vrai, mais peuvent-ils assurer que cette loi ne va pas engager l’université dans une voie qui la mènera effectivement vers un fort désengagement de l’état, une sélection en licence, une augmentation des droits d’inscription, une dé-fonctionnarisation des statuts des personnels et à un pilotage de l’université par des membres extérieurs.
Je pense que cette loi est de même nature que la première loi qui a transformé, à la fin des années 80, la direction générale des télécommunications (DGT) en l‘établissement publique France Télécom. Cette loi était anodine et indolore, mais elle a initié un mouvement qui a transformé un service public en établissement public puis en société anonyme (je ne discute pas ici du bien fondé de ce changement, dicté principalement par des décisions européennes).
Je pense que la loi LRU va, selon le même processus, mettre l’université sur des rails qui la conduira là où une majorité de personnels et d’usagers ne souhaite pas aller. Je comprends donc que cette loi puisse inquiéter et mobiliser les étudiants.
La ministre insiste toujours sur l’effort inédit qui se chiffre en milliard, mais ne donne jamais de détail des affectations. Elle ne compare jamais cet effort budgétaire à ceux consentis pas nos voisins ou à ceux jugés nécessaires par tous les rapports sur le financement de l’enseignement supérieur.
L'effort budgétaire inédit selon la ministre reste un effort très insuffisant.
La vérité est qu’une petite partie du milliard supplémentaire va vraiment à l’université et aux établissements d’enseignement supérieur. Face à une communication trompeuse du ministère, les étudiants ont raison de réagir et de remettre les pendules à l’heure en faisant une analyse sérieuse de la situation.
Dès maintenant, la loi LRU transforme radicalement le pilotage de l’université. Elle abandonne le principe ancestral de collégialité qui organise les conseils comme les commissions de spécialistes et confère au président et au conseil d’administration des pouvoirs exorbitants sans réel contre-pouvoir interne.
Certains parlent déjà d’hyperprésidence universitaire.
Assurément, ce n’est pas cette orientation qui permettra de résoudre les problèmes réels de l’université.
Plutôt que de voter en catimini la loi LRU, il aurait été préférable de commencer par re-structurer et simplifier le paysage de l’enseignement supérieur.
Les mesures nécessaires ne sont pas dans la loi LRU.
Pour finir, voici des propositions de ce qu’il faudrait commencer par faire aujourd’hui :
- simplifier l’organisation de l’enseignement supérieur en rapprochant les différents acteurs : universités, grandes écoles, classes préparatoires… comme c’est le cas partout à l’étranger. Les meilleurs laboratoires sont essentiellement dans les universités, les meilleurs étudiants doivent y être aussi.
- orienter les bacheliers non généraux en priorité vers les formations technologiques et s'assurer que les filière courtes et sélectives ne servent pas de « classes préparatoires » aux autres formations de l’université,
- alléger le service d’enseignement de tous les enseignants-chercheurs afin qu’ils puissent assurer l’ensemble de leurs missions. Très concrètement, pour qu’ils soient tous actifs en recherche (la recherche ne doit pas être optionnelle pour un enseignant-chercheur), pour qu’ils participent tous au fonctionnement de leur établissement (ce n’est pas une minorité déconnectée du reste des collègues, voire un « hyper-président », qui réussira à piloter les établissements d’enseignement supérieur) et enfin (last but not least) pour qu’ils puissent tutorer, encourager, informer et orienter les étudiants,
- arrêter d’être fasciné par le classement de Shanghaï et de justifier les réformes par rapport à ce classement sans réelle valeur,
- doter budgétairement les établissements en rapport avec leur faculté « d’ascension éducative et sociale » en commençant par donner autant pour un étudiant de licence que pour un élève de grande école (on ne peut qu’être choqué quand on sait qu’un élève de l’ENA coute 50 000€ par an et moins de 7 000€ un étudiant d’université).
Dans le même temps, le précédent ministre, François Goulard, critique sur son blog l’agitation étudiante, tout en reconnaissant que la loi LRU n'apporte « aucune esquisse de solution » aux réels problèmes de l'enseignement supérieur.
Je partage ce dernier avis, la loi LRU ne s’attaque pas aux réels problèmes de l’université et ne simplifie en rien le paysage fort complexe de l'enseignement supérieur (si seulement, nous classions les systèmes universitaires sur le critère de la complexité, nous serions champion du monde !).
Valérie Pécresse et François Goulard s’entendent pour dire que les critiques des étudiants et que la loi LRU n’organise pas le désengagement de l’état, la sélection ou l’augmentation des droits d’inscription. C’est vrai, mais peuvent-ils assurer que cette loi ne va pas engager l’université dans une voie qui la mènera effectivement vers un fort désengagement de l’état, une sélection en licence, une augmentation des droits d’inscription, une dé-fonctionnarisation des statuts des personnels et à un pilotage de l’université par des membres extérieurs.
Je pense que cette loi est de même nature que la première loi qui a transformé, à la fin des années 80, la direction générale des télécommunications (DGT) en l‘établissement publique France Télécom. Cette loi était anodine et indolore, mais elle a initié un mouvement qui a transformé un service public en établissement public puis en société anonyme (je ne discute pas ici du bien fondé de ce changement, dicté principalement par des décisions européennes).
Je pense que la loi LRU va, selon le même processus, mettre l’université sur des rails qui la conduira là où une majorité de personnels et d’usagers ne souhaite pas aller. Je comprends donc que cette loi puisse inquiéter et mobiliser les étudiants.
La ministre insiste toujours sur l’effort inédit qui se chiffre en milliard, mais ne donne jamais de détail des affectations. Elle ne compare jamais cet effort budgétaire à ceux consentis pas nos voisins ou à ceux jugés nécessaires par tous les rapports sur le financement de l’enseignement supérieur.
L'effort budgétaire inédit selon la ministre reste un effort très insuffisant.
La vérité est qu’une petite partie du milliard supplémentaire va vraiment à l’université et aux établissements d’enseignement supérieur. Face à une communication trompeuse du ministère, les étudiants ont raison de réagir et de remettre les pendules à l’heure en faisant une analyse sérieuse de la situation.
Dès maintenant, la loi LRU transforme radicalement le pilotage de l’université. Elle abandonne le principe ancestral de collégialité qui organise les conseils comme les commissions de spécialistes et confère au président et au conseil d’administration des pouvoirs exorbitants sans réel contre-pouvoir interne.
Certains parlent déjà d’hyperprésidence universitaire.
Assurément, ce n’est pas cette orientation qui permettra de résoudre les problèmes réels de l’université.
Plutôt que de voter en catimini la loi LRU, il aurait été préférable de commencer par re-structurer et simplifier le paysage de l’enseignement supérieur.
Les mesures nécessaires ne sont pas dans la loi LRU.
Pour finir, voici des propositions de ce qu’il faudrait commencer par faire aujourd’hui :
- simplifier l’organisation de l’enseignement supérieur en rapprochant les différents acteurs : universités, grandes écoles, classes préparatoires… comme c’est le cas partout à l’étranger. Les meilleurs laboratoires sont essentiellement dans les universités, les meilleurs étudiants doivent y être aussi.
- orienter les bacheliers non généraux en priorité vers les formations technologiques et s'assurer que les filière courtes et sélectives ne servent pas de « classes préparatoires » aux autres formations de l’université,
- alléger le service d’enseignement de tous les enseignants-chercheurs afin qu’ils puissent assurer l’ensemble de leurs missions. Très concrètement, pour qu’ils soient tous actifs en recherche (la recherche ne doit pas être optionnelle pour un enseignant-chercheur), pour qu’ils participent tous au fonctionnement de leur établissement (ce n’est pas une minorité déconnectée du reste des collègues, voire un « hyper-président », qui réussira à piloter les établissements d’enseignement supérieur) et enfin (last but not least) pour qu’ils puissent tutorer, encourager, informer et orienter les étudiants,
- arrêter d’être fasciné par le classement de Shanghaï et de justifier les réformes par rapport à ce classement sans réelle valeur,
- doter budgétairement les établissements en rapport avec leur faculté « d’ascension éducative et sociale » en commençant par donner autant pour un étudiant de licence que pour un élève de grande école (on ne peut qu’être choqué quand on sait qu’un élève de l’ENA coute 50 000€ par an et moins de 7 000€ un étudiant d’université).
Inscription à :
Articles (Atom)
