dimanche 23 août 2009

Quelle stratégie pour les régionales et au delà ?


Les élections européennes sont passées, les résultats sont tombés, après le temps de l'analyse, arrive celui de l'annonce des orientations avec la tenue des universités d'été.
Les élections régionales sont dans 6 mois, en mars 2010, cette perspective rapprochée ne permet plus l'attentisme et, contrairement aux européennes, le résultat aux régionales conditionnera fortement les prochaines présidentielles de 2012.
Quels enseignements pouvons-nous tirer des dernières échéances et des différentes recompositions politiques en cours ?
Regardons d'abord à droite.
Plusieurs partis ou particule (de Villiers) ont rejoint l'UMP, plus exactement se sont alliés. La liste est longue : Nouveau Centre (Morin), Réformateurs (Noveli), parti radical (Borloo), CNI (Roscoat), MPF (Villiers), CPNT (Nihous). Certaines formations sont même arrivées par la gauche comme la Gauche Moderne (Bockel) et les Progressistes (Besson), sans compter les individus comme Kouchner qui roulent ouvertement pour l'UMP.
Bref, depuis 2007, tous ceux qui le souhaitaient ont pu rejoindre la constellation UMP.
La position du MoDem
Le MoDem est resté à l'écart de ce mouvement, après son échec aux européennes, l'élection qu'il ne pouvait pas perdre, ce serait ridicule et absurde qu'il se rapproche aujourd'hui de l'UMP.
La question qui se pose alors est Vers qui peut-il se tourner ?.
On peut trouver la réponse en considérant 3 éléments :
- les statuts du mouvement,
- le résultat des européennes,
- la composition du bureau exécutif.
Je donne tout de suite ma réponse, le MoDem doit virer au vert et participer activement, dès maintenant, à la naissance d'un grand mouvement écologique.
Reprenons, point par point.
Les statuts du MoDem ne mentionnent que deux partis fondateurs : l'UDF et CAP21. L'échec aux européennes qui apparaît comme un échec personnel de Bayrou (ou comme un échec de sa stratégie personnelle) et le départ de nombreux UDF historiques renforcent la composante CAP21 et l'orientation écologique du MoDem.
Plus globalement, le résultat des européennes montre avant tout une dynamique pour le courant écologique que le MoDem ne peut plus ignorer.
Enfin, le bureau exécutif compte parmi ses membres de nombreux écolos (Lepage, Bennahmias, Wehrling). Après avoir été mis à l'écart pendant la campagne des européennes, ils ne peuvent qu'avoir plus de poids dans le choix de l'orientation du mouvement.
Regardons à gauche.
Le PS était historiquement, au moins depuis 30 ans, la principale force de gauche.
Avec les élections européennes, il perd pour la première fois son leadership. Le plus extraordinaire, c'est qu'il l'envisage publiquement, tout au moins Peillon qui le 22 août affirmait que le PS devait accepter l'idée de renoncer à son leadership à gauche.
L'échec du PS à la présidentielle remonte désormais à 7 ans, les années passent et le PS régresse. Les questions qui le minent depuis l'échec de Jospin n'ont pas trouvé de réponse et l'équipe Aubry ne semble, hélas, pas près d'y répondre. A ce rythme-là, les brillants quadras du PS (Peillon, Montebourg, Valls, Hamon...) risquent de devenir quinquas avant de pouvoir peser sur leur parti.
Le PS, pour survivre, comme l'indiquait déjà Royal en 2007 doit s'entendre avec le MoDem et les écologistes. Mais il doit perdre ses vieilles habitudes, être moins sectaire, renoncer à son hégémonie et à son rôle de distributeur de strapontins.
Plus à gauche, la nouveauté en 2009 vient du NPA dont le sigle signifie plutôt Nul Part ailleurs que Nouveau Parti Anticapitaliste vu son acharnement à ne pas gouverner et son rêve inchangé du grand soir qui en fait toujours un Vieux Parti Anticapitaliste.
Regardons vers le vert.
Si l'écologie politique a gagné aux européennes, c'est bien parce que les Verts n'étaient pas candidats !
C'est l'alliance improbable (Joly, Bové, Cohn-Bendit, Jadot...) constituée par Europe-Ecologie qui a fait campagne et gagné la bataille (et aussi la gouaille de Cohn-Bendit).
Il apparaît que pour les prochaines échéances électorales, il devient urgent de constituer un grand mouvement écolo, disons France-Ecologie, qui n'existe pas à ce jour.
Ni gauche-ni droite
Tous ces éléments montrent que seule une alliance écolo, MoDem, PS, Front de Gauche peut faire face à l'UMP qui semble avoir fait le plein de ses forces.
Bref, le PS, seul, ne fait plus le poids face à l'UMP, même avec l'appui du front de Gauche, le MoDem n'a jamais été aussi faible et l'écologie politique n'est toujours pas structurée.
Tous ces acteurs ont donc désormais intérêt à s'allier, aucun ne peut affirmer son leadership, c'est une nouveauté, mais aussi une difficulté qu'il va falloir dépasser.

mercredi 5 août 2009

Les USA peuvent-ils changer ?


Que retirer de 3 semaines passées aux USA en juillet. Depuis mon dernier séjour, que d'événements, Obama a heureusement succédé à Bush, une crise de très grande envergure a éclaté et de plus en plus d'américains ont pris conscience des conséquences de leur mode de vie sur l'état de la planète.
Alors est-ce que les Etats-Unis changent ? Eh bien, pas tant que ça, on a plutôt l'impression qu'ils sont dans une impasse et que ça ne va pas être facile de revenir à plus de sobriété et de solidarité.
POURQUOI TOUJOURS DE SI GROSSES VOITURES
Dans les sondages, une majorité affirme être sensible à la consommation de leur véhicule, mais, en réalité, ils continuent d'acheter de gros pickups dévoreurs d'énergie (des gas guzzlers).
Le changement majeur est que la proportion de véhicules américains est en chute libre, on croise surtout des japonaises et des coréennes. Partout, on rencontre des véhicules hybrides, pas seulement des Prius et pas seulement en Californie.
On voit toujours aussi peu de piétons dans les rues, l'américain se déplace toujours en voiture et pratiquement toujours seul. Pour le constater, il suffit de regarder le peu de véhicules qui circulent sur les freeways dans la voie carpool (réservée aux voitures avec au moins 2 personnes).
Bref, l'organisation (ou plutôt l'inorganisation) des villes américaines impose toujours de se déplacer tout seul dans de gros pickups et on voit mal comment cela pourrait changer.
Il ne faut pas oublier que l'essence (le diesel ne sert qu'aux trucks) est près de trois fois moins chère qu'en France (environ 2,50 $ le gallon, soit 45 centimes d'euro le litre). Quand on évoque une essence à 6 ou 10 $ le gallon, l'américain déclare qu'il serait financièrement asphyxié, il n'arrive pas à imaginer comment il pourrait s'adapter à cette situation.
POURQUOI UNE SI GRANDE MAISON
Avec la crise, beaucoup de maisons sont en vente, c'est l'occasion de lire les petites annonces et regarder à quoi ressemble une maison américaine. ce qui surprend le plus, c'est le nombre de bathroom et de garage. La norme semble être une salle de bain par chambre (voire plus de ba que de bd) et un triple ou quadruple garage. Voilà comment on gaspille l'espace, voilà pourquoi on emprunte trop pour son logement, pourquoi on possède 3 ou 4 véhicules et pourquoi un étatsunien consomme quatre fois plus d'eau potable qu'un français.
POURQUOI TANT MANGER
Quand il ne conduit pas, l'américain moyen mange, souvent et beaucoup trop. On ne reprochera pas le copieux breakfast pour commencer la journée, on se demandera surtout pourquoi après un bon petit-déj complet, il est encore nécessaire de manger tout au long de la journée et même la nuit (ici les fast foods sont ouverts 7/7 et 24/24). Les plats sont toujours trop copieux, en général un plat conviendrait parfaitement pour deux. C'est pareil pour les boissons, la ration normale de coke fait 16 oz soit 1/2 litre.
Après la quantité, il y a le problème de la qualité, dans la rue, dans les parcs à thèmes, à la plage, l'américain dévore ice-creams, burgers et frites.
Bref, les USA restent le pays des grosses bagnoles, des grosses baraques et de la mal bouffe et on n'a pas l'impression que cela va changer rapidement.
UNE MINORITE SE PORTE BIEN
Il faut cependant nuancer ce tableau. Plus le niveau d'éducation est élevé et plus le mode de vie semble se rapprocher de la norme européenne (plus exactement des pays de la zone euro).
L'américain éduqué (qui n'est pas un américain pauvre) n'habite pas au milieu de nulle part, mais plutôt en ville, il n'a donc pas besoin d'un pickup V8, ni de 4 voitures, il a même parfois acheté une Prius.
En ville, il a une maison plus petite. Il achète surtout des produits organic et prend ses légumes au farmer market. Il passe ses courtes vacances à l'étranger ou dans des parcs nationaux (surtout le Yellowstone ou le Yosemite) où il a réservé un an à l'avance.
Il n'est pas touché par l'obésité, il a une bonne couverture santé.
La conclusion est facile, ceux qui vivent bien aux USA sont plutôt éduqués, riches, minces et bien portants.
Ils sont minoritaires et le problème est que ce pays ne semble toujours pas chercher à ce que cette minorité devienne une majorité.

mercredi 24 juin 2009

Faut-il augmenter les tarifs municipaux en période de désinflation ?


Comme chaque année, la ville de Vannes fixe les nouveaux tarifs des services municipaux.
Pour 2009, une augmentation de l’ordre de 1,5% est appliquée. Elle touche, par exemple, les prix de la restauration scolaire, des garderies, des maisons de quartier, des musées, des activités culturelles…
Lors du conseil municipal du 29 mai dernier, les élus du groupe VPC (Vannes Projet Citoyens) sont intervenus pour contester une augmentation uniforme des tarifs et ont proposé de ne pas augmenter les tarifs pour les quotients familiaux les plus faible (catégories E, F, G, H), en rappelant que l’indice des prix à la consommation (IPC) entre avril 2008 et avril 2009 avait augmenté de seulement 0,1%.
Le maire a immédiatement répliqué qu’on n’avait pas bien compris les données économiques et que 0,1% était une évolution mensuelle de l’indice et non une évolution sur 12 mois.
J’ai signifié que nos chiffres étaient exacts et que, depuis avril dernier, la tendance s’est encore amplifiée. Désormais, en rythme annuel, fin mai, l’évolution de l’IPC, qui mesure l’inflation, est de -0,3%.
La France connaît actuellement une période de désinflation et se poser la question de ne pas augmenter les tarifs municipaux en 2009 semble tout a fait légitime.
C’est d’ailleurs la décision de la ville d’Angers pour 2009.
Ces derniers jours, nous avons examiné la proposition d’augmentation des tarifs des piscines formulée par la majorité qui propose encore une augmentation de 1,5%.
J’ai redit la position de VPC et rappelé les chiffres de l’inflation et la tendance désinflationniste qui se maintient.
Cette fois-ci, la majorité m’a rétorqué que je confondais l’inflation et la croissance et que les chiffres que j’avançais étaient ceux de la croissance qui était négative, mais que l’inflation était positive.
C’est vraiment dommage, pour une majorité qui met toujours en avant sa compétence en matière économique et ses performances de gestion d’être si fâchée avec la réalité économique.
Nous savons pertinemment que l’inflation relève de l’évolution des prix à la consommation et que la croissance est liée à l’augmentation du produit intérieur brut (PIB)… et nous savons faire la différence entre la notion de mois et d’année !
Rappelons les chiffres :
- sur un an, de mai à mai, l’IPC a reculé de 0,3%,
- les prix de l’alimentation (hors produits frais ) et de l’habillement sont stables,
- l’inflation en 2009 serait de 0,4%,
- la prévision de croissance en France faite par l’OCDE pour 2009 est de -0,4%.
En résumé, nous avons en France cette année un phénomène de désinflation et de récession. La question de geler les tarifs municipaux en 2009, au moins pour les coefficients familiaux les plus faibles, se pose donc avec acuité. Nous aimerions qu’elle soit accueillie sereinement et examinée sérieusement par la majorité. En réponse, on n’attend pas un cours d’économie (surtout quand les réponses sont erronées), mais plutôt des décisions en accord avec la crise économique et sociale que nous traversons.
À décharge pour la majorité, il faut remonter à 1957 pour trouver en rythme annuel une inflation négative. On peut comprendre que par habitude, les mêmes gardent les mêmes discours et les mêmes habitudes et ne puissent envisager qu’une augmentation des tarifs municipaux.
Ce qui reste inadmissible, c’est de se voir expliquer qu’on ne comprend pas bien les données économiques, et que l’on confond taux mensuel et annuel, taux de croissance et taux d’inflation.
On est en droit d’attendre un peu moins morgue de la part de ceux qui, à Vannes, ont toujours soutenu sans réserve le libéralisme économique. Chacun peut juger aujourd’hui la valeur de leur expertise.

mercredi 10 juin 2009

Résultats des élections européennes en Europe, en France, en Morbihan et à Vannes



Comment analyser le résultats des élections européennes ?



En Europe
Ce qui est incontestable, c'est la victoire de la droite en Europe, la gauche obtient moins de 200 sièges, les écologistes une cinquantaine, le centre libéral 80, la droite plus de 320 (sans compter les 90 non inscrits).
La vague verte qui a déferlé sur la France colore faiblement le parlement européen avec seulement 7% de députés et le recul du MoDem en France ne se traduit pas non plus par un effondrement des libéraux et démocrates (groupe ALDE où siège le MoDem) qui passent de 99 à 80 députés.
Donc, comme le montre le graphique, la droite (PPE/EPP) continue à dominer, la gauche socialiste (PSE/PES) reste le 2e groupe et les libéraux et démocrates (ALDE) le 3e. Les écologistes (ALE/EFA) progressent de 20% en siège, mais reste encore loin derrière.

En France
Si ces élections provoquent un bouleversement, c'est donc bien plus en France qu'en Europe.
En France, le PS s'écroule. Avec 16,5% des voix, il revient au score de 1994 où la liste conduite par Michel Rocard avait fait environ 14%. Il y a deux ans, Ségolène Royal avait fait près de 26% au premier tour des élections présidentielles (avec une participation de 84% contre 40% aux européennes).
Pour le MoDem, c'est pire, par rapport au premier tour des élections présidentielles, il passe de plus de 18% à 8,5%.
Pour les Verts, par un effet de vase communiquant, c'est l'inverse et c'est exceptionnel. Quand Dominque Voynet avait fait 1,5%, Daniel Cohn-Bendit (DCB) fait plus de 16%.
Ces résultats ne peuvent s'expliquer par l'analyse des programmes des différents partis et alliances. Ce n'est pas logique que le MoDem dont l'Europe est le fond de commerce divise par deux son résultat de 2007. Ce n'est pas rationnel que DCB fasse 10 fois plus que Voynet.
Les électeurs ont profité de cette élection dont ils mesurent mal les enjeux pour envoyer quelques messages :
- Le premier au PS pour lui dire "ça suffit", choisissez une bonne fois votre leader qui sera le candidat aux présidentielles, sortez de la rue de Solférino et occupez-vous des français.
- Le deuxième au MoDem pour sanctionner l'aventure solitaire de François Bayrou et dire comment l'espoir qu'ils avaient mis dans ce nouveau parti a été déçu.
- Le troisième, pour saluer DCB qui a réussi à bousculer la classe politique française (surtout Bayrou) et signifier qu'il plaçait l'enjeu environnemental devant les traditionnelles oppositions gauche/droite, pros et anti traité européen, libéraux et sociaux...
- Le quatrième message qu'il ne faudrait pas oublier est le quitus donné à la politique européenne de Nicolas Sarkozy voire à sa politique intérieure.

Dans le Morbihan
Le Morbihan amplifie les tendances nationales :
- L'UMP fait un bon score ce qui est normal dans le dernier département breton encore à droite.
- Les écologistes font un excellent score et passe devant le PS.
- Le PS décroche encore plus ici qu'ailleurs. Alors qu'en 2004, il arrivait en tête dans 231 communes sur 261, en 2009, il reste en tête dans seulement 17 communes.
- Le MoDem qui avait suscité tant d'espoir dans ce territoire traditionnellement centriste, ne fait que 9% alors que la tête de liste, Sylvie Goulard, était certainement la meilleure spécialiste de l'UE.

A Vannes

Vannes amplifie encore davantage la tendance du Morbihan.
- Un tiers des électeurs ont voté pour l'UMP (bien plus qu'en Morbihan).
- 20% ont voté écologiste dans une ville où on n'a pas commencé à réfléchir à un Agenda 21 local et qui s'oppose toujours au futur Parc Naturel Régional. De plus, l'alliance écologique indépendante arrive en 6e position sur 20 avec plus de 3%.
- Le PS passe sous la barre de 15% et continue à perdre des électeurs. De 35% au premier tour des élections municipales de 2001, il était rendu à 30% en 2008 (avec les Verts, l'UDB et le PRG) et ne fait plus que la moitié tout seul.
- Les autres candidats de gauche font de mauvais scores, le front de gauche est à égalité avec l'alliance écologique indépendante et fait moitié moins qu'au national, le NPA est encore plus loin à égalité avec le FN.
- Le MoDem qui représente une sensibilité politique dominante à Vannes et dont la tête de liste n'est autre que la belle-soeur du maire atteint péniblement 10% (moins de 1% de mieux qu'en Morbihan).

Localement, quelles conclusions tirer ?
Vannes qui a connu en dix ans l'arrivée massive de nouveaux habitants, pas franchement défavorisés, d'une part se droitise (plus exactement s'umpérise), l'ex-UDF semble avoir majoritairement rejoint l'UMP et d'autre part Vannes verdit.

Bref, Vannes est de plus en plus bleue, les quelques taches orange qui étaient apparues s'effacent, le rose est de plus en plus pale et le vert s'épanouit.

dimanche 3 mai 2009

Vannes vote contre le parc naturel régional et prône toujours une politique de développement insoutenable.


La dernière réunion du syndicat intercommunal d'aménagement du golfe du Morbihan (SIAGM), le 28 avril dernier, a permis de clarifier les positions des communes sur le parc naturel régional (PNR) du golfe du Morbihan.
Le vote portait sur l'envoi de l'avant-projet de charte dans sa dernière version au conseil régional pour avis intermédiaire avant son examen le 6 juillet par le Conseil national de la protection de la nature.
27 communes ont participé au vote, 25 ont voté pour et 2 villes, Plougoumelen et Vannes, ont voté contre.
Après ce vote, Vannes ne peut plus continuer à pratiquer le double langage qu’elle tient depuis des années.
Nombreuses sont les déclarations du maire de Vannes pour réfuter son opposition au projet de parc. Notons, d’ailleurs, que toutes ses déclarations ne font qu’infirmer son opposition au PNR, mais qu’on ne trouve trace d’aucune déclaration pour défendre ce projet.
On connaît les arguments du maire de Vannes, il craint que le PNR ne « bloque le développement » et ne « favorise l’augmentation des prix de l’immobilier ».
Ces deux arguments sont très contestables. D’une part, il est facile de constater que dans l’ensemble des PNR, c’est l’inverse qui se produit : les territoires labellisés PNR connaissent un bien meilleur développement que les territoires comparables hors PNR. D’autre part, les PNR peuvent mettre en œuvre des outils et des actions concrètes pour gérer l’urbanisme et mieux contrôler la pression immobilière.
Mais comment peut-on prendre au sérieux les inquiétudes du maire de Vannes quand on sait toute l’énergie qu’il a su déployer pour refuser l’établissement public foncier régional qui vise justement à réduire l’augmentation des prix de l’immobilier.
Avec ce vote, on sait maintenant que Vannes est contre, mais on sait aussi pourquoi. La ville considère que la charte du PNR ne dégage pas assez d’espace urbanisable (1 225 hectares sur les 12 années de la charte) et qu’il y a déjà suffisamment d’outils de régulation (ce qui en termes moins policés veut dire qu’il y a déjà trop de contraintes pour les aménageurs et les promoteurs).
Un autre argument est avancé par Vannes : « le territoire ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’un parc naturel ». Il serait plus juste de dire « de l’image négative que voudraient donner certains d’un parc naturel ». Il ne s’agit pas de faire du territoire une réserve naturelle, un parc national, mais seulement un parc naturel régional dont les objectifs sont de promouvoir un projet de développement, fondé sur la préservation et la valorisation du patrimoine.
L’objectif de Vannes est limpide, c’est de ne pas tuer la poule aux œufs d’or, c’est que le pays de Vannes reste une zone de développement économique et démographique exceptionnelle (selon l’INSEE).
Il faut reconnaître que si cet objectif était compréhensible dans les années 90, il n’est plus tenable aujourd’hui. Le rejet de toutes les réglementations et contraintes qui pourraient réduire la croissance économique et démographique apparaît comme une politique jusqu’auboutiste, courtermiste pour ne pas dire anachronique à l’époque du développement durable, dont les prémices remontent aux travaux du club de Rome de 1972.
Le plus choquant dans cette affaire est le contraste entre la stratégie de communication qui ne cesse d’associer la ville de Vannes à l’image idyllique du golfe du Morbihan et la pratique politique qui fait tout pour freiner toute velléité de développement durable sur le territoire de l’agglomération. Du côté de la communication, on a récemment renommé l’aéroport de Vannes-Meucon en aéroport de Vannes-Golfe du Morbihan ainsi que l’Office du tourisme du Pays de Vannes en OT Vannes-Golfe du Morbihan. À l’opposé, du côté politique, le libéralisme sans frein reste la doctrine intangible de la ville de Vannes, la crise immobilière servant même désormais d’alibi à une politique qui rejette toute réglementation économique et environnementale.
Le bilan du maire de Vannes est éloquent en matière de ce qu’il faut bien appeler le développement insoutenable et l’absence de maîtrise de l’urbanisme. Vannes, par la voix de son maire, apparaît comme opposée à l’établissement public foncier régional, opposée aux opérations d’urbanisme concertées (de type ZAC), opposée à un agenda 21 local, et maintenant opposée au PNR du golfe du Morbihan.
C’est la preuve d’une politique cohérente certes, mais d’une politique d’un autre âge, contraire aux intérêts des citoyens de notre territoire et surtout à ceux des générations futures.

mardi 31 mars 2009

Et si le débat sur la LRU arrivait sur le bitume en mai ?

Je relisais le premier billet que j'avais écrit sur ce blog en novembre 2007. Il était consacré à la LRU (loi Libertés et Responsabilités des Universités), la loi qui réforme l'université.
Cette loi a été votée en catimini en août 2007, moins de trois mois après l'élection de Sarkozy à la présidentielle.
Sarkozy savait qu'une réforme de l'université était difficile à faire passer, il se souvenait des déboires du projet de loi Devaquet en
1986 et voulait profiter de l'état de grâce pour faire voter cette loi. En plus, c'est bien connu, en août, tout le monde est à la plage et personne ne manifeste.
Pas plus d'opposition à l'automne 2007, ce sont surtout les présidents d'université qui se sont fait entendre pour dire tout le bien qu'ils pensaient de cette loi qui les faisaient rois, plus exactement hyper-présidents d'université .
En 2008, les étudiants se sont bien mobilisés contre la LRU, mais sans relais des personnels de l'université, leurs contestations a fait long feu.
J'ai toujours pensé que loi mal acquise (ou plutôt non concertée) ne dure jamais longtemps.
Deux ans plus tard, il se pourrait bien que la LRU soit mise au banc en mai 2009.

En 2007, j'avais titré mon billet "Non, ce n'est pas loi loi LRU qu'il fallait voter", j'ai toujours le même avis et je ne retirerais rien de ce que j'avais écrit alors.

Que sait-il passé depuis 2 ans ?
Je crois que la majorité des enseignants-chercheurs et étudiants ont enfin compris que derrière les beaux mots de "liberté" et de "responsabilité" se cachait un projet d'inspiration très libérale visant à renforcer la concurrence entre universités, entre collègues, à diminuer les crédits de l'Etat, à augmenter sensiblement les frais d'inscription et à réduire à terme les postes de fonctionnaires.
A mon avis, si la loi LRU a suscité peu de réaction pendant 2 ans, c'est qu'en fait tout le monde était un peu résigné et pensait que cette évolution était "naturelle". Après les banques, France Télécom, EDF, Gaz de France, les sociétés d'autoroute..., c'était au tour de l'université de passer sous la toise de la libre concurrence non faussée.

Et puis, voilà qu'arrive à la mi-2008 la plus grave crise financière depuis plus de 3/4 de siècle... avec son lot de scandales et d'escroqueries.
Du coup, la grande réforme libératrice et responsabilisante qui offre l'autonomie à l'université sous la tutelle de son hyper-président fait réfléchir et commence à être contestée.
Aujourd'hui, la question est : Peut-on arrêter ce mouvement de rejet d'une université LRUrisé quand, chaque jour, on constate les effets pervers des principes mêmes de cette loi dans le monde économique ?

Mettre un terme aux manifestations actuelles aurait été certainement possible si de bonnes paroles avaient été prodiguées au bon moment, si un grand discours avait rappelé la sollicitude du pouvoir envers l'enseignement-supérieur et la recherche. A la place, la communauté n'a perçu qu'un discours présidentiel (22 janvier 2009) plein de mépris et de mensonge.
Je me risque à croire que les retombées de ce discours se paieront en mai, ce ne sera pas "sous les pavés, la plage", mais "sur le bitume, la plainte de l'université".

Sur le fond, y a-t-il lieu de s'alarmer de l'ensemble des réformes engagées (LRU, ANR, statut des enseignants-chercheurs, statut des doctorants, suppression de postes, défléchage des moyens des IUT, masterisation de la formation des enseignants, transformation des organismes de recherche en agence de moyens, démantèlement du CNRS...) ?
Vu le nombre de réformes, le manque de concertation et la précipitation à les faire passer, la réponse peut difficilement être négative.

Pour finir, je ne traiterai que d'une question ou plutôt d'une idéologie, celle de renforcer la concurrence entre établissements d'enseignement supérieur et de distinguer parmi eux les grands et les petits, en donnant beaucoup aux premiers et très peu aux derniers.
Nombreux sont les rapports ou les échos du ministère qui montrent qu'on va dans cette direction (cf. les propositions du cercle des économistes : http://www.educpros.fr/universites/autonomie/detail-article/h/44a2cdfefa/a/crise-du-modele-universitaire-francais-les-solutions-du-cercle-des-economistes.html).

Ce que je distingue du paysage qu'on prépare, c'est la hiérarchie d'établissements suivantes :
1- les grands écoles
2- les petites écoles extérieures à l'université
3- les écoles universitaires (type polytech)
4- les UFR d'université de prestige (en très petit nombre) disposant de laboratoires reconnus et de formations à la recherche
5- les instituts (type IUT)
6- les UFR d'université spécialisée et attractive dans un nombre de champs restreint
7- les autres UFR appartenant à des centres universitaires ou collèges universitaires délivrant des diplômes de premier cycle et éventuellement quelques masters professionnels sur quelques créneaux ciblés

A terme, les moyens affectés, en personnes et en crédits, seraient inversement proportionnels au rang (de 1 à 7) et certainement les coûts d'inscription aussi.
On aura certainement réussi ainsi à faire remonter quelques établissements dans le classement de Shanghai, mais on aura surtout changer le modèle de l'université française, en le rendant encore plus inégalitaire et concurrentiel.

On remarquera que cette politique abandonne définitivement toute logique d'aménagement du territoire. Les grandes écoles et les universités de prestige étant bien évidemment dans les mégapoles et les centres universitaires dans les villes moyennes. Est-ce raisonnable à l'heure des réseaux, de l'enseignement à distance et des projets de recherche coopératifs ?

mardi 21 octobre 2008

300 000 000 000 000, c'est le montant de la bulle financière

Ces dernières années, les médias n'ont pas arrêté de nous parler de la flambée des prix de l'immobilier, des salaires des grands patrons qui atteignaient des sommets indécents et des entreprises dont les résultats étaient à deux chiffres.
Ne vous êtes-vous jamais demandé si tout cela avait un sens et comment tout cela allait finir ?
Croire que toutes ces "bonnes nouvelles" peuvent indéfiniment continuer car elles ne sont que le fruit de la loi du marché, c'est croire au miracle.
En quelques années, le prix des logements a doublé, le capital a rapporté de plus en plus et les salaires, relativement, de moins en moins, sauf ceux des patrons qui ont cumulé rémunération exorbitante, golden hello et parachute doré.
Entreprises, particuliers, collectivités, états se sont endettés au delà de raison. Beaucoup de banques ont développé leurs activités hors-bilan bien cachés dans des paradis fiscaux et n'ont plus respecté les règles prudentielles.
Tout cela ne pouvait que mal finir.
Que pensent désormais tous les experts qui conseillaient les décideurs et nous expliquaient dans les médias la beauté du libéralisme mondialisé ?
Pensent-ils toujours que la main invisible du marché doit guider le monde ?
La crise actuelle a certainement ruiné de nombreux propriétaires états-uniens, espagnols ou britaniques, mais beaucoup d'autres se sont enrichis (grands patrons, traders, spéculateurs...).
Pourquoi ne pas appliquer la devise "pollueur-payeur", ceux qui ont pollué la finance mondiale en introduisant des produits d'une complexité sans nom, des produits immoraux (les fameux subprimes) et d'un montant stratosphérique (voire les 60 000 milliards de dollars de CDS), sont les pollueurs du système financier qui devraient être les payeurs de la crise.
Bien sûr, il n'en sera rien, les payeurs ce sera tous les citoyens.
En France, les plus irresponsables resteront même à l'abri sous leur bouclier fiscal.
Nos génies de la finance ont réussi à faire gonfler la baudruche financière à 300 000 milliards de dollars (comme vous, je n'ai aucune notion de ce que représente ce chiffre), pas étonnant à ce qu'elle éclate. C'est encore l'histoire de la grenouille qui veut devenir plus grosse que le boeuf. C'est ça l'économie virtuelle car, en réalité, le PIB mondial n'est que de 50 000 milliards de dollars. Le problème tient en un chiffre, c'est un trou de 250 000 milliards de dollars.
Quand on pense que le citoyen ordinaire doit respecter de plus en plus de règles et qu'il est vite rappeler à l'ordre quand son compte est à découvert, on se demande comment les institutions financières ont pu se soustraire à toutes les règles et générer un tel trou dans la finance mondiale.
Que valent les 3 milliards pour Dexia ou les 10 nouveaux milliards pour 4 banques françaises (SG, BNP, CA, CM) face à ces centaines de milliers de milliards.

Arrêtons de croire aux pseudo-théories économiques libérales qui ne sont que sornettes.
Espérons que cette crise soit salutaire et que la finance ne mène plus seule le monde, si on avait écouté davantage les philosophes, les scientifiques, les historiens et les écologistes, le monde se porterait mieux.